Entre politique et numérique

Sélection d'articles

En attendant de trouver un sujet pour mon mémoire de recherche en DSAA, je m'entraine à la rédaction d'articles sur des sujets qui me tiennent à cœur. Ils sont tous à la croisée de la politique (au sens large) et de la culture numérique. Je m'entraine aussi à écrire en anglais, c'est le cas de mon troisième article.

Esprit critique et Internet (2016)

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Esprit critique, es-tu là ?

Les prix Diderot récompensent chaque année les projets innovants qui participent au partage des savoirs et des connaissances. Ils ont été créés en 2002 sous l’impulsion de l’AMCSTI qui oeuvre pour la re-valorisation d’une culture scientifique dans la société. Parmi les lauréats de l’édition 2016, qui s’est tenue à Paris en septembre, étaient présents les créateurs de la Tronche en biais : une émission de vulgarisation diffusée sur Youtube. Si les vidéos de vulgarisation se multiplient sur Internet ces dernières années, c’est la première fois que la communauté scientifique récompense le travail de l’un de ces créateurs.

La Tronche en biais parle de zététique, elle étudie la façon dont nous raisonnons et nous explique quels sont les défauts de jugement auxquels nous sommes confrontés et qui altèrent notre raisonnement : sophismes, biais cognitifs ou manque de méthode.

La zététique moderne s’est popularisée avec le travail de Henri Broch. En 2002 il a publié “Devenez sorciers, devenez savant” avec le physicien Georges Charpak où ils se livrent à la critique de plusieurs disciplines à succès qu’ils considèrent comme des pseudo-sciences. Les premiers domaines d’application de la zététique furent donc l’astrologie, le mesmérisme ou l’homéopathie. L’objectif étant d’analyser la solidité des arguments de ces pratiques alternatives en leur appliquant la méthode scientifique, c’est à dire en effectuant une batterie de tests qui appliquent un protocole fiable et vérifiable afin de prouver leur efficacité ou au contraire de mettre à jour des arnaques et des charlatans. Tandis que des collectif se forment pour développer l’enseignement et la recherche de la pensée critique en milieu universitaire (le collectif Cortecs et le Laboratoire de zététique), des initiatives comme l’Observatoire zététique cherchent à diffuser cette pensée critique sur Internet.

Avec sa démarche sceptique et sa méthode rationnelle, la zététique se révèle utile pour démêler le vrai du faux dans plusieurs autres domaines. Très vite, elle s’est intéressée aux recherches extraterrestres, aux expériences paranormales et ésotériques, mais aussi aux disciplines se réclamant scientifiques comme la graphologie ou la morphopsychologie qui analysent respectivement la personnalité d’un individu à partir de son écriture ou des traits de son visage. Sur le web, la méthode critique peut aussi trouver son intérêt dans l’observation des mécanismes de désinformation, c’est ce que tente de faire la chaîne Hygiène mentale (affiliée à l’Observatoire zététique) dans sa démarche d’éducation aux médias.

On observe depuis deux ans un mouvement émergent de promotion de l’esprit critique sur Internet avec l’apparition de vidéos, d’émissions de webradio et de blogs traitant du sujet. En juillet, le vidéaste sceptique Samuel Buisseret s’est illustré en découvrant un trucage dans une vidéo de chasse au fantôme d’un youtubeur à succès. Cette affaire a poussé le créateur à avouer la supercherie et a participé à donner de la visibilité à la démarche critique sur Internet

Internet, territoire du hoax

Alors qu’Internet est en passe de devenir le premier média d’information en France, il reste celui qui inspire le moins confiance, loin derrière la radio, la presse ou la télévision. Sur le web, la désinformation est une institution, elle est historique, on parle de Hoax. Depuis les chaînes de mail, les fausses rumeurs de décès de célébrités, jusqu’aux forums complotistes, les internautes ont toujours eu à faire à la désinformation. Hoaxbuster, le site le plus connu de vérification des informations qui circulent sur la toile, a d’ailleurs fêté ses 16 ans d’activité.

En ligne, la circulation des informations ne se fait pas seulement du diffuseur vers le consommateur, chaque internaute peut se faire le relais d’un article ou d’une rumeur grâce aux forums, tchats, emails et aujourd’hui plus que jamais grâce aux réseaux sociaux et à leurs outils de partage instantané. Cette nouvelle dynamique pose plusieurs problèmes car elle demande un rythme de publication soutenu des organes de presse qui souhaitent rester premiers sur l’info, les obligeant à baisser leurs exigences sur la vérification de leurs informations dans un souci de temps. Il y a aussi un risque pour l’intégrité de l’information qui peut se voir déformée d’un partage sur l’autre. L’arrivée de sites tel que le Gorafi et NordPresse a mis en lumière une autre problématique : la crédulité des internautes. En effet si aujourd’hui la majorité des internautes français connaissent l’aspect satirique de ces faux sites d’information, à leur début, nombreux sont ceux qui ont cru à l’authenticité de leurs articles, y compris des sites d’information reconnus.

Face à ces problématiques, depuis 2014 plusieurs sites d’information ont fait une place à la vérification par les faits, ou fact-checking. Parmis les plus connus et les plus anciens, Les Décodeurs repèrent et vérifient l’origine et l’exactitude des témoignages, images ou vidéos d’actualité qui sont le plus partagés sur les réseaux sociaux. Dernièrement c’est en politique que le fact-checking a trouvé son intérêt : Lors des primaires américaines, le site du New York Times a vérifié en direct les affirmations des candidats à la présidentielle. Les décodeurs ont, eux aussi, publié une liste de contre-vérité à l’issue du débat de la primaire de droite en France.

Faux chiffres, arguments fallacieux et photomontages semblent être devenus des outils politiques courants à la télévision ou sur les réseaux sociaux pour alimenter les polémiques d’actualité et orienter les opinions. Il semble de plus en plus nécessaire de diffuser les méthodes de la pensée critique pour prévenir des dérives politiques.

Au début de l’année, le gouvernement a lancé une campagne de lutte contre la désinformation. Le site ontemanipule.fr lancé en février vise à démonter les théories du complot qui se développent sur Internet en invitant les internautes à adopter les bons réflexes pour traiter une information. Cette initiative s’inscrit dans un projet plus large d’éducation aux médias. Plusieurs modules de sensibilisation sont actuellement expérimentés dans les classes de primaire. Christophe Michel, le créateur d’Hygiène mentale, a eu l’occasion de suivre l’un de ces modules et le documente sur sa chaîne. Les enfants apprennent à utiliser les outils de vérification des information, à reconnaître une source fiable, on leur explique les mécaniques de propagation des rumeurs, et comment développer une méthodologie pour trier l’info et l’intox.

Vers un Web social raisonné ?

On dit des réseaux sociaux qu’ils sont de très mauvais outils pour débattre des sujets de société. La limitation de caractères et instantanéité des réponses sont vus comme des freins à une discussion calme et nuancée. Les échanges textuels ne bénéficient pas des informations de ton de l’oral. Les commentaires sous les vidéos sont connus pour être violents ou au contraire passionnés mais toujours sans mesure. Comment l’esprit critique peut-il trouver sa place dans cet univers ou la raison a laissé sa place à la passion ?

Si l’on en croit l’adhésion du public pour les projets de la Tronche en biais, l’attente est bien réelle. Avec 50 000 abonnés elle est la deuxième chaîne de zététique en France, derrière la chaîne d’Hygiène mentale qui a atteint les 90 000. Ils bénéficient en plus d’un soutien de 1200€ de dons par mois et leur projet de documentaire “Les lois de l’attraction mentale” a été financé en crowdfunding à 150% de leur objectif. Il y a donc un engouement réel et observable pour la pensée critique parmi les internautes français.

À côté de son image de média irresponsable et immature, Internet est peut-être le prochain acteur de la diffusion de la culture scientifique que souhaite l’AMCSTI. En effet depuis deux ans, le nombre de créateurs de contenu de vulgarisation scientifique a explosé, la mode des vidéos du web a encouragé les passionnés à partager eux-même leurs connaissances. Ainsi commence à se mettre en place un mouvement de partage des connaissances non-plus de façon pyramidale des experts vers les curieux mais horizontale entre les curieux eux-mêmes.

Comme pour l’information journalistique, ces nouvelles dynamiques présentent un risque pour l’intégrité des savoirs. Néanmoins, comme pour les informations journalistiques, des solutions se mettent en place d’elles même pour contrer ces risques. Là où une information imprimée ne peut pas se remettre en question, sur Internet les commentaires accompagnent toujours les contenus publiés. Cet espace d’interaction permet aux internautes de réagir face aux inexactitudes pour au pire avertir les autres internautes — on voit beaucoup de d’historiens investir l’espace commentaire pour nuancer ou corriger les propos des vulgarisateurs — et au mieux aider le créateur à parfaire son contenu, c’est ce qu’on appelle le peer-reviewing ou l’évaluation par les pairs. Le projet Vidéoscience propose à tous ses contributeurs se faire relire leurs scripts par d’autres vidéastes mais aussi des spécialistes qui prêtent leur temps libre pour aider cette jeune culture. S’est mis en place par ailleurs un système de recommandation des chaînes entre elles, les vulgarisateurs reconnus cooptent les plus petits créateurs en les présentant à leur public et n’hésitent pas à dénoncer les contenus fallacieux. Ainsi s’effectue un écrémage naturel qui participe à la conservation de la qualité des vidéos de science françaises.

Il semble donc que le web dans son aspect le plus social soit en mesure de s’autoréguler. Avec la participation des zététiciens et de leurs méthode critique, le média a le potentiel de lutter contre la désinformation sous toutes ses formes et dans tous les domaines.

Gare à la police de la pensée

Pour finir, il est important de préciser que la posture zététicienne peut avoir ses limites ou plutôt ses dérives. “Le nouvel obscurantisme scientifique”, c’est le sous-titre du livre “Devenez pédant, c’est pas sorcier” de Jean-charles et Jean-Yves Normant qui répond à celui de Henri Broch et Georges Charpak.

Dans une interview donnée au site paranormal-info.com il met en garde contre le rejet systématique des disciplines portées par la croyance. Une pensée par l’a priori qui, en tirant des conclusions depuis l’origine ou le sujet d’une discipline, ne permet pas de mener à bien l’analyse des arguments de cette discipline et qui va donc à l’encontre de la volonté de neutralité recherchée dans l’exercice de l’esprit critique. On retrouve dans le site ontemanipule.fr le schéma ci-contre du “Detecteur de théorie du complot”. Les quatre premières questions à se poser sont liée au sujet traité par les théories et toutes rejettent automatiquement la théorie sans aucun travail d’analyse des arguments. Or, si l’on peut observer des récurrences dans les sujets, les sources ou les arguments fallacieux utilisés par les acteurs de la desinformation, celles-ci ne doivent servir qu’à alerter notre esprit critique et ne peuvent pas devenir des arguments d’autorité pour discréditer un discours. Sous couvert de méthode critique, certains confondent scepticisme et réfutisme. Dans l’autre sens, avant que la zététique ne soit collectivement reconnue, persiste le danger de la concession de rigueur : les zététiciens entre eux pourraient laisser passer des erreurs chez les autres acteurs de la pensée critique par crainte que la discipline ne se tire une balle dans le pied en voulant critiquer la critique.

Il va donc falloir un travail d’analyse critique sur plusieurs couches, c’est à dire effectuer une analyse critique des analyses critiques elles-mêmes et ce de façon répétée et successive pour garder la pensée critique et la méthode scientifique éloignée des pièges qu’elle dénonce.

Manuel Vazquez

Les nouvelles formes de la politique sur Internet (2016)

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Ce 19 novembre la chaîne Youtube de Jean-Luc Mélenchon, ancien candidat du Front de gauche aux élections présidentielles de 2012 et aujourd’hui candidat hors parti aux élections présidentielles de 2017, a publié l’annonce d’une vidéo FAQ.

Si vous n’êtes pas familier avec le concept de vidéo FAQ, il s’agit d’un acronyme qui signifie “foire aux questions”. C’est un format de vidéo très courant dans le monde des créateurs Youtube où le public est invité à envoyer ses questions à son vidéaste préféré qui compilera et répondra aux questions les plus récurrentes devant la caméra. En proposant cette FAQ, Jean-Luc Mélenchon s'inscrit dans les codes d’une culture en pleine émergence. Depuis l’annonce de sa candidature officielle aux présidentielles le 10 février 2016, il mène une vaste campagne numérique et privilégie les réseaux sociaux pour communiquer avec les électeurs en direct et en toute indépendance. En effet il témoigne régulièrement sa lassitude du monde médiatique traditionnel qui selon lui maltraîtent ses propos. En choisissant la plateforme de google pour diffuser ses vidéos, l’équipe de communication de Jean-Luc Mélenchon cible un public qui a déjà commencé à se détourner de la télévision et qui sera donc sensible à sa volonté d’indépendance médiatique. Si la majorité des candidats disposent d’une chaîne sur Youtube, seul Mélenchon a réussi à se créer une communauté, il a dépassé les 30 000 abonnés et ses vidéos principales comptent en moyenne 50 000 vues chacunes. Ce qui a fait la différence entre sa chaîne et celle de François Fillon ou Alain Juppé c’est qu’on a chez Jean-Luc Mélenchon plus qu’un simple outil de rediffusion des apparitions télévisées mais des programmes dédiés à la plateforme web et qui s’adressent au public. Proposer un rendez-vous hebdomadaire avec l’émission “La revue de la semaine”, parler face à la caméra, faire référence à la communauté en citant son nombre d’abonnés ou de pouces bleus, reprendre l’esthétique populaire pour l’image de miniature des vidéos (buste détouré, cerclé de blanc au dessus du titre plaqué sur fond coloré) autant de codes qui inscrivent la chaîne dans le moule des web-programmes et qui la rendent donc en quelque sorte éligible à la mécanique communautaire et de popularisation dont bénéficient les vidéastes identifiés comme “Youtubeurs”.

Le succès de Jean-Luc Mélenchon vient donc de sa capacité à s’approprier le langage aussi bien visuel et conceptuel que lexical d’une population jeune et connectée et le réutiliser dans son contexte. Mais il est aussi dû à l’absence de concurrence ou en tout cas à une déconnexion entre les autres candidats politiques et ce jeune public.

Génération connectée ou déconnecté ?

“L’apport de la jeunesse est la condition indispensable de tout progrès politique ou social” écrivait François Honti dans les colonnes du Monde Diplomatique en 19673. Aux dernières élections régionales de 2016 il y a eu 65% d’abstention parmi les électeurs agés de 18 à 34 ans, rien d’exceptionnel si l’on en croit les résultats des années précédentes. Alors qu’il étaient vus comme un élément essentiel et nécessaire dans le processus démocratique — la mémoire collective aura d’ailleurs retenu les engagements politiques qu’ils ont pris au moment de la crise de mai 1968 — les chiffres appuient l’idée qu’aujourd’hui les jeunes vivent une importante déconnexion avec la politique.

On peut voir dans l’absentéisme l’expression d’une conviction politique, celle du rejet d’une caste de dirigeants (et de prétendants) qui ne répond plus à leur attente. Or une étude OJS de 2014 souligne que seulement 7% des jeunes se sont investis dans un parti politique : en plus de deserter les urnes, les jeunes semblent aussi avoir perdu leurs convictions politiques.

Selon Edgar Morin, Philosophe et sociologue français, “jusqu’à présent, la jeunesse était de gauche et révolutionnaire” et d’ajouter “On a vu pour la première fois une partie importante de la jeunesse dans les manifestations contre le mariage pour tous. Il s’agissait d’une jeunesse de droite et pas seulement extrémiste. Quant à la culture de gauche chez les jeunes, on assiste à son dépérissement.” Un phénomène qu’il qualifie de catastrophique.

Quelle représentation politique sur Internet ?

Dans le même papier, Edgar Morin affirme que la conscience politique “de gauche” fut longtemps diffusée auprès des enfants par les instituteurs qui apparaissent dans son discours comme les garants de la transmission d’une philosophie d’ouverture sur le monde et des valeurs de respect de l’autre. Mais aujourd’hui la société a changé, les évolutions technologiques ont transformé le quotidien. Aujourd’hui Internet a pris une place importante dans les relations des jeunes et dans le processus de construction de leurs valeurs. En lui même le réseau est porteur d’une idéologie libertaire, non seulement par son histoire mais aussi dans son organisation, qui a un impact sur la mentalité de ses utilisateurs. Mais ne représente-t-il pas un lieu d’expression politique idéal pour qui voudrait diffuser ses idées au plus grand nombre ?

En France, bien avant Jean-Luc Mélenchon, ce sont les partisans de l'extrême droite qui sont parmi les premiers à s’intéresser à l’espace numérique comme vecteur d’idée. Justine Barbant identifie des traces de l’activité des partisans du Front National dès 2004 dans son dossier “L’extrême droite investit Internet” publié sur le site www.arretsurImage.net ainsi que des “consignes” pour partager efficacement les idées du Front National sur le site du parti. Justement, une partie du dossier concerne le rapport des militant pro-FN avec le milieu adolescent sur les forums7. En 2008 le forum “blabla 15-18” du site jeuxvideo.com fait partie des espaces virtuels francophones les plus fréquentés, il suscite alors l’intérêt de l’extrême droite qui y voit l’occasion de diffuser leurs idées. À cette époque les autres partis ne font aucune communication publique sur Internet, l’extrême droite est le seul son de cloche politique et on peut se demander si cette présence exclusive ne constitue pas un élément de réponse au phénomène observé quelques années après par Edgar Morin.

En ce qui concerne les autres couleurs politiques, leur représentation ne se fera que tardivement sur le web. À titre d’indicateur et pour faire le lien avec le début de l’article, les contenus politiques ne commencent à apparaître parmi les émissions de la sphère Youtube que depuis 2014 avec l’émission “Mes chers contemporains” de l’ancien chroniqueur de jeux vidéo Usul, qui est considérée comme le premier web-programme politique “de gauche”. Celui-ci propose de brosser le portrait des différentes figures politiques de gauche pour vulgariser les différentes idéologies qu’ils représentent. Cette émission aura en premier lieu une visibilité auprès de la communauté principalement composée d’adolescents qui s’est formée initialement autour de l'émission vidéoludique “3615 USUL”, devenant potentiellement leur premier contact avec la politique. Deux ans plus tard on trouve plusieurs émissions dédiée à des questions politiques8, écologiques avec notamment la collaboration de Nicolas Hulot avec le collectif d’humoristes Golden Moustache à l’occasion de la COP219. Par ailleurs le pionnier de la vidéo politique sur Internet reste d’extrême droite puisqu’il s’agit d’Alain Soral qui publie ses réflexions politiques depuis 2008 sur la plateforme Dailymotion.

Les idées politiques commencent donc à circuler dans les réseaux, quoiqu’encore restreints, de la jeunesse mais vont plutôt à l’encontre de l’idée d’une génération de moins en moins concernée par la politique.

Désamour de la politique ou bien de ses représentants ?

En allant chercher dans les réflexions introspectives de la jeunesse sur elle-même on trouve par exemple l’article de Marie Camier-Théron11 qui apporte un nouvel éclairage sur la question de la politisation de sa génération. La première chose à relever est que s’il existe un désintérêt pour la politique, celui-ci est commun à toutes les tranches d'âge. C’est une tendance généralisée qui est porteuse de sens en ce sens qu’elle suggère que le problème n’est pas inhérent à la jeunesse.

Elle ajoute qu’il s’agit plus d’une défiance envers les représentants de la politique qui ne correspondent pas ou plus aux attentes formulées par cette génération. Comme on l’a vu les figures politiques actuelles sont extérieures aux espaces médiatiques des nouvelles générations. Pire, certains de leurs projets politiques peuvent même être perçus comme des atteintes à l’intégrité de ce cocon numérique12.

Pour la jeune journaliste, en dehors de ces considérations sur la classe politique, il y a véritablement une implication et des convictions qui traverse la jeunesse. Mais elles ne sont pas observables dans les chiffres des partis ou urnes.

Un premier exemple de cette conscience politique est visible dans les manifestations suite au passage de Jean-Marie Le Pen au second tour des élections présidentielles de 2002. Selon Anne Muxel “c’est plus d’un tiers de la jeunesse qui a été concerné de près par cette mobilisation (36%) et un jeune étudiant sur deux (47%)”13.

Il en est de même pour les manifestations contre le Contrat première embauche (CPE) en 2006. Les jeunes se mobilisent donc, et le point commun de ces exemples est l’utilisation d’outils numériques pour s’organiser.

Les nouveaux outils du militantisme

Si l’on ne voit pas l'implication des jeunes dans la politique c’est aussi parce qu’elle revêt de nouvelles formes et emprunte des chemins inédits et éloignés des indicateurs habituels.

Parmi les nouvelles possibilités d’expression politique il y en a deux qui ont pris une place prépondérante dans les réflexes du cyber-militant : Le like et le partage sur les réseaux sociaux constituent sûrement la prise la plus accessible pour se forger une conscience politique. En suite vient la pétition dont les nouvelles technologies on radicalement simplifié la diffusion. En témoignent la mobilisation générale autour du cas de Joseph Kony, responsable d’enlèvement d’enfants en Ouganda ou encore la campagne #OnVautMieuxQueCa qui visait à libérer la parole des victimes d’abus sociaux au travail grâce à l’utilisation d’un hashtag commun.

Il semblerait qu’on assiste à une transformation des modèles d’expression politique. Ces initiatives d’un nouveau genre se multiplient et explorent de plus en plus de champs politiques, ainsi on peut trouver des commentaires en direct des débats à l’assemblée nationale14 dans une forme adaptée des commentaires sportifs. Ici l’intention n’est pas de proposer un regard politique particulier mais de se placer en facilitateur pour intéresser les novices à un monde qui peut sembler à priori étanche.

Pour conclure

La rupture est donc bien réelle entre les représentants politiques et les jeunes mais il serait faux de croire à la disparition d’une conscience politique de la jeunesse. Pour se rendre compte de celle-ci il faut faire un travail de reconnexion, cette fois, avec la réalité de la jeunesse d’aujourd’hui pour identifier ses nouveaux moyens d’expression et de mobilisation.

Une fois observées, ces nouvelles formes politiques doivent encore être questionnées : Est-ce du militantisme paresseux comme l’affirme Malcolm Gladwell ou faut-il voir ça comme une éducation politique qui se réinvente ? L’émergence de nouveaux relais politiques augureelle le renouveau d’une jeunesse partisane à l’image des mouvements “Jeunes avec Juppé” et “Jeunes avec Macron” ou encore le site d’actualité www.radio-londres.fr composé essentiellement de jeunes journalistes politiques ?

Manuel Vazquez

The Open Government Partnership (2016)

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What is Open Government Partnership ?

On december 6, 7 and 8 took place the OGP Global Summit 2016 in Paris. OGP is for Open Government Partnership, a consortium of 70 member countries from different continents (USA, UK, Indonesia, South Africa, Canada, Brazil, Norway, South Korea, ...) willing to go to a new form of government. France has actual OGP Presidency but United States of America ex-Président Barack Obama is behind this initiative. As soon as he enters the white house, Obama launches a comprehensive Open Government Initiative then drafts the Open Government Plan. 1 The same year, Tim O’reilly’s book “Open Government: Collaboration, Transparency, and Participation in Practice” is published in this regard, offering the idea of a government 2.0 inspired by open source movement and online marketplaces. Tim O’Reilly, sees the future of democracy as a public provided system based on transparency and collective participation, permitted by the use of technology.

According to Paul Maassen (Director for Civil Society Engagement at the Open Government Partnership) The challenge of the OGP is “about governments that see technology as part of the solution for opening up the process of policy making and being accountable to citizens.”

What is the big deal with actual democracies ?

Yascha Mounk is a lecturer in government at Harvard and for him, liberal democracies may be at serious risk of decline. 3 He sees three symptoms of society ill based on crunched data on the strength of actual democracies. First is public support — people are not that sure of the soundness of their democracy. Second is new acceptability of non-democratic systems such as mass supported military governance of Hugo Chàvez in Venezuela. Third is the growing anti-system spirit, implying a loss of legitimacy. The system legitimacy is also questioned by mass abstentionism in a lot of occidental countries (last USA presidential election for instance 4), a manifest split between citizenry and elite of politicians and the rise of extremism as a salvation.

Besides, According to sociologist Émile Durkheim, the twentieth century is characterized by the emergence of individualism in society 5 and law is more focused on handle individual issues than reinforce the community.

In short, modern societies suffer from “anomie”, a loss of social and societal bonds.

Solve Anomie to solve Democracy

The Open Government Partnership, in response to this decline, choses to strengthen the relation between citizens and governments with some means. On one hand, country, territory and city’s data have to be easy to reach and easy to read in order to become an incentive for public debate. In Burkina Faso, Nendo 6 has proven transparency can trigger people's reaction (about the lack of decent toilet in public schools). In second hand, citizens need to be involved in democratic process with national consultations all over the mandate. Moreover, tools for citizen participation will be set up. For instance, French President François Hollande introduced start-up Cap Collectif and its collaborative solutions during the OPG Summit in Paris. In third hand, transparency ensure better accountability and, therefore, public trust.

Walk the walk as well as talk the talk

There is a fly in the Open Government ointment : the founding principle of the initiative wasn’t submitted to the citizenry. This black spot doesn’t knocks down the initiative but shows up a dissonance with heads of states will of collaboration. In France, the first attempts of consultative law “Projet de loi pour une république numérique” was led by Axelle Lemaire in 2016. A collaborative online tool actually get a lot of citizen proposals, then, was reworked and debated by the Assemblée Nationale. Beyond the hesitation about digital divide — left behind because of the topic of this law project — the process is questioning France definition of public collaboration. When people ideas are requested but the deliberation proceed in small committee, it’s rather pick up than collaborate. The fact is harvesting will lead to public fed — and abstentionism — when incorporating people in the deliberative process can fuel their democratic spirit and ensure unconditional support.

The OGP, a wrong answer to a good question ?

In the last decade, some mass supported bottom-up movement are born. Occupy wall street in America, los indignados in spain, Nuit Debout in France, all of them were ephemere public gatherings in the city for days of protest. The common point is their appetite for local governance experiment. By requisitioning public places, each movement gave a rise to self-governing communities and self-reliance experience. The second common point is a massive support and tentative of reproduction from all over the world. This particular enthusiasm seems to unveil a latent will of empowerment.

At same time, maker minded communities grow and settle in third place — “Third place” is the name given by Ray Oldenburg to social surroundings which are fertile frameworks for discuss, debate or collaboration pact. These places give a rise to self-reliance as well and confirm the idea of empowerment quest.

In light of these considerations, may the future of democracy has to think itself as an ally to a self-powered society more than a decision maker. May it has to help bottom-up initiatives grow. May it has to start commit — instead of submit — the work of design to the public.

Manuel Vazquez